Que faire en cas dâabsence de rĂ©ponse de la part de lâadministration Ă une demande dâagrĂ©ment fiscal ?
LE DĂFAUT DâINSTRUCTION EMPORTE LâILLĂGALITĂ DE LA DĂCISION
Silence de la DGFiP malgrĂ© des conditions objectives dâobtention de lâagrĂ©ment fiscal
Au cas particulier, le juge a admis quâon pouvait raisonnablement penser que les conditions de dĂ©livrance de lâagrĂ©ment fiscal fixĂ©es par le V de lâarticle 156 bis du code gĂ©nĂ©ral des impĂŽts Ă©taient remplies :
- le bĂątiment est classĂ© au titre des monuments historiques depuis plus dâun an et
- 75% de la surface consacrée initialement au logement est conservée dans le nouveau projet immobilier.
Au surplus, conformĂ©ment au texte, la DRAC avait rendu son avis sur le projet de division de lâimmeuble.
Absence de communication qui manifeste un dĂ©faut dâinstruction
Le juge a vu par ailleurs, dans le silence de lâadministration, une raison suffisante pour dĂ©clarer que « le refus litigieux est intervenu sans quâil ait Ă©tĂ© procĂ©dĂ© Ă lâexamen de son projet », ce qui est « propre, en lâĂ©tat de lâinstruction, Ă crĂ©er un doute sĂ©rieux sur sa lĂ©galitĂ© ».
Au cas dâespĂšce, ce dĂ©faut dâinstruction est apparu dâautant plus manifeste que, en rĂ©ponse Ă la convocation faisant suite Ă la requĂȘte en rĂ©fĂ©rĂ© suspension prĂ©sentĂ©e par le conseil dĂ©partemental, un courrier a Ă©tĂ© envoyĂ© par le ministĂšre, demandant des piĂšces supplĂ©mentaires pour complĂ©ter le dossier.
ĂTABLIR LâURGENCE DE LA SITUATION POUR OBTENIR UNE INJONCTION Ă LA DGFIP DE PRENDRE UNE NOUVELLE DECISION
LâapprĂ©ciation de la condition dâurgence
Trois éléments ont été pris en compte :
- les graves consĂ©quences financiĂšres de lâabsence de signature de la vente pour le dĂ©partement
- lâintĂ©rĂȘt public Ă la rĂ©habilitation de cet ensemble immobilier
- la durĂ©e maximale de deux ans, Ă compter du dĂ©pĂŽt de la demande dâagrĂ©ment, pour la rĂ©alisation des travaux impartie par le V de lâarticle 156 bis, que le silence prolongĂ© de lâadministration fiscale rend impossible Ă respecter.
Lâadministration condamnĂ©e sous astreinte !
Compte-tenu de lâexpiration de la promesse de vente le 29 dĂ©cembre, le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s a estimĂ© nĂ©cessaire « dâenjoindre au ministre des finances et des comptes publics de faire toutes diligences Ă lâeffet de prendre une nouvelle dĂ©cision sur la demande dâagrĂ©ment en litige », dans un dĂ©lai de dix jours, sous astreinte de 3.000 euros par jour de retard.
Précisions
En lâespĂšce, il existait deux types de procĂ©dures dâurgence possibles :
- Le rĂ©fĂ©rĂ©-suspension (premier alinĂ©a de lâarticle L521-1 du code de la justice administrative) permet au juge des rĂ©fĂ©rĂ©s dâordonner la suspension dâexĂ©cution dâune dĂ©cision « lorsque (1) lâurgence le justifie et qu’il est fait Ă©tat d’un moyen propre Ă crĂ©er, en l’Ă©tat de l’instruction, un (2) doute sĂ©rieux quant Ă la lĂ©galitĂ© de la dĂ©cision ».
- Si Ă ces conditions sâajoutent un doute manifeste (et non plus seulement sĂ©rieux) quant Ă la lĂ©galitĂ©, et une une atteinte Ă une libertĂ© fondamentale, une requĂȘte en rĂ©fĂ©rĂ©-libertĂ© peut ĂȘtre dĂ©posĂ©e (article L521-2). Pour rappel, le droit de propriĂ©tĂ© (dâoĂč dĂ©coule celui de disposer de son bien, c’est-Ă -dire de le vendre) a Ă©tĂ© jugĂ© comme faisant partie des libertĂ©s fondamentales.